sous la direction de Jean-Marc Chouvel,
en collaboration avec l’Instant Donné
les mardis à 18 heures
(sauf indications contraires)
L’articulation, c’est la jonction de deux éléments pour assurer à la fois leur liaison et leur mobilité. Ce mot résonne, pour les musiciens, à plusieurs niveaux : c’est à la fois la construction structurelle, l’articulation des parties entre elles, et c’est aussi la partie la plus intime du phrasé instrumental ou vocal, l’articulation des doigtés, du souffle… C’est une métaphore de ce que ces séances chercheront à développer. Le premier temps, c’est une rencontre, sous forme de séminaire si l’on veut, où l’on n’hésitera pas à aborder les problèmes théoriques de la composition, les enjeux de la création musicale, avec les musiciens eux-mêmes, et d’autres personnalités, pas toujours forcément musicologues. Le deuxième temps, c’est un concert de musique de chambre, où l’on entendra des œuvres récentes, des créations, et aussi des pièces choisies dans le riche répertoire musical de la fin du vingtième siècle.
Articuler une parole, une réflexion, avec la musique, ce n’est pas nécessairement chercher à forcer son interprétation. Le lien, ici, doit aussi permettre une liberté de mouvement. La programmation des concerts se fera donc autant par la connivence avec une thématique, qu’en totale indépendance avec elle. On cherchera toutefois à brosser les contours des problèmes les plus à vif dans la pensée compositionnelle de ce début de siècle. Pour cela, il faut bien sûr donner la parole à de nouvelles voix, essayer de comprendre comment s’articule cette réflexion avec les grands mouvements de la fin du vingtième siècle dont l’histoire cherche actuellement à figer les remous. L’avenir de la musique a besoin d’autres regards, d’autres écoutes, pour élargir l’horizon de ses attentes. Mais à condition de rester au contact de ses préoccupations, de faire lien avec elles.
Les thématiques des séminaires sont volontairement aussi diverses que les personnalités que l’on a voulu réunir. Un fil conducteur les relie pourtant, une forme de nécessité, aujourd’hui, de retrouver une compréhension du musical, dans ses ressources intimes autant que dans ses utopies les plus tapageuses. Et de susciter un débat qui ne soit pas inutilement pollué par les idéologies, sans retranchements d’arrière garde, mais sans illusions non plus sur les enjeux politiques et sociaux qui donnent de notre époque l’image d’une "crise".
Entrée libre
Sept séances de travail et de découverte
le 12 octobre 2004
Faut-il "vulgariser” la musique contemporaine ?
Avec : Michel Coury, compositeur ; Omer Corlaix, journaliste ; Jean-Pierre
Derrien, producteur France Musiques
On demande de plus en plus aux chercheurs de communiquer leur
savoir au plus grand nombre. C’est ce qu’on appelle la "vulgarisation".
La même demande est adressée aux artistes. On leur demande même
parfois d’opérer une sorte de "pansement" sur la fracture
sociale en intervenant là où la civilisation commence à
perdre tout à fait ses repères.
Le problème qui sera posé ici est celui du rapport de la création
musicale, et surtout des jeunes auteurs, avec un public. La démarche
de création demande du temps, mais elle a besoin également d’un
retour, d’une "oreille extérieure". Or cette oreille,
on demande aux auteurs de l’intégrer avant d’en avoir fait
l’expérience. Les canaux de diffusion naturels qu’étaient
la Radio ou les festivals ont renoncé pour beaucoup d’entre eux
à ce travail de confrontation. Quand ils le font, c’est de manière
homéopathique, sans aucun engagement, si ce n’est parfois une sourde
désapprobation. Le message serait, en filigrane, pour les compositeurs,
de s’adapter à l’écoute ordinaire telle qu’elle
est entérinée par les supports institutionnels ou commerciaux,
et donc de modifier leur discours et leur écriture en fonction de cette
entité abstraite.
La voix du Poète doit-elle se confondre avec celle de la Cité
? La dialectique produit culturel/œuvre d’art a de tout temps été
fort complexe. La réception de la musique d’aujourd’hui a-t-elle
besoin de "concessions" pour réussir auprès du public
? On peut légitimement poser la question des conséquences esthétiques
des choix institutionnels. On peut aussi envisager des moyens de contourner
ces difficultés en ouvrant de nouveaux réseaux, en mettant en
place de nouvelles stratégies. Lesquelles ? Comment ?
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le 23 novembre 2004
La pensée formaliste peut-elle intégrer la réception des
œuvres ?
Avec : Jean-Marc Fraïssé, musicologue ; Philippe Lalitte, musicologue
; Frédéric Pattar, compositeur
Beaucoup d’œuvres radicales qui ont suivi la deuxième
guerre mondiale proposaient un défi à la perception, avec la volonté
affichée de bousculer les consciences, de renouveler l’écoute,
d’explorer les possibilités du monde sonore. Beaucoup de théories
compositionnelles du vingtième siècle sont, de manière
plus ou moins directe, des théories de l’écoute, et pas
seulement des théories de l’objet. Mais la relation entre la fabrication
des œuvres, leur artisanat si l’on veut, et la disponibilité
vivante d’un auditeur peut-elle être véritablement formalisée
?
Il convient de prendre en compte le décalage entre le vingtième
siècle et la réalité historique présente. Néanmoins
le rapport entre conception et réception a pu évoluer, en particulier
du fait des très nombreuses études scientifiques sur la perception
musicale. L’écoute est peut-être aujourd’hui plus que
jamais au centre des préoccupations des compositeurs. Un des enjeux de
la modernité ne serait-il pas dans l’intégration d’un
geste constructiviste et d’une pensée de la réception ?
Est-ce possible ?
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le 14 décembre 2004
Scène musicale et scène auditive
Avec : Michel Coury, compositeur ; Octavio Lòpez, compositeur
; Antonia Soulez, philosophe
La musique de la fin du vingtième siècle a connu
les deux tentations du théâtre et de l’acousmatique, de la
prise en compte de la gestuelle des musiciens dans son potentiel dramatique
et celle de la négation de tout rapport au visuel considéré
comme une gêne dans l’accès à la contemplation du
purement musical. La contribution de la musique aux autres formes dramatiques
(théâtre, danse, cinéma…) n’est-elle pas pourtant
fondamentale pour la musique même ?
On essayera donc de tracer les contours de ce que la musique doit aux divers
modes de présentation qui se servent d’elle, comment elle se "met
en scène" dans des modalités qui lui sont externes, et comment
l’audition "fait son cinéma" des propositions sonores
que lui fait la musique. La question ne serait-elle pas alors de traquer la
permanence du "musical" à travers les modalités de ses
mises en œuvre ?
Concert
Œuvres de J-M Chouvel, B. Ferneyhough...
Saori Furukawa, violon, Cédric Jullion, flûte
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1/ - Jean-Marc
Chouvel : introduction - 2'37 (0,31 Mo) |
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le 25 janvier 2005
Peut-il y avoir de nouvelles émotions musicales ?
Avec : Laeticia Cuen, psychologue, compositrice ; Pascale Criton,
compositrice ; Laurent Torrès, compositeur ; Jean-luc Leroy, musicologue
La question de l’émotion a probablement été
le repoussoir contre lequel s’est construit la musique moderne, à
l’aube du vingtième siècle. On pense au célèbre
"ma musique n’exprime rien" de Stravisnky ou aux Choses en soi,
opus 45 dans lesquelles Prokofief cherchait peut-être, comme l’écrit
Jankélévitch, "à atteindre un objet musical pur sans
passer à travers l’a priori déformant de la psychologie
affective."
Le problème est sans doute justement celui de l’a priori. Il y
a, et la psychologie du vingtième siècle ne s’en est pas
toujours démarqué, une typologie des affects, et des possibilités
de manipuler le comportement psychique. Mais cette typologie limite-t-elle définitivement
le champ de "l’éprouvable" ? L’émotion musicale
est-elle cantonnée à un code "conditionné" comme
celui pratiqué par certaines musiques de film ? La musique est-elle condamnée
à un perpétuel ré-éprouvé, ou il y a-t-il
au contraire une relation fondamentale entre imagination et émotion ?
Ces questions sont de vraies questions pour la psychologie actuelle. Ce sont
aussi de vraies questions pour l’esthétique et pour la composition.
Si l’émotion musicale se renouvèle à chaque écoute,
dans chaque contexte, on ne peut guère prétendre en maîtriser
l’écriture. L’émotion est-elle visée consciemment
par le compositeur ? Est-elle le résultat d’une sollicitation émotive
préalable ? S’agit-il simplement d’un potentiel d’évocation
du vécu affectif antérieur ? Ne peut-elle alors être vécue
que comme une régression ? Les témoignages (par exemple ceux rapportés
par Gabrielson) montrent que ce sujet est particulièrement complexe.
Concert
Œuvres de Daniel Augusto d'Adamo…
Mathieu Steffanus, clarinette, Sophie Magnien, violoncelle
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le 8 mars 2005
Le réinvestissement stylistique est-il un enjeu de la modernité
?
Avec : Giuliano D’Angiolini, compositeur, ethnomusicologue ;
Sébastien Béranger, compositeur ; Yassen Vodenitcharov, compositeur
Le monde est "découvert". Il n’existe
plus de lieu où nous puissions dire "je suis le premier à
passer par là". C’est en tout cas vrai pour la géographie
physique, encore que l’on découvre encore de somptueuses grottes
jusque dans nos contrées. Mais la géographie "humaine"
est sujette à plus de variations. À commencer par celles de l’œil
de l’observateur. Cette différence de point de vue est parfois
radicale, et nous amène à percevoir le même lieu d’une
autre manière.
Le problème des styles n’est-il pas du même ordre ? L’invention
d’un nouveau style peut en effet paraître aujourd’hui une
lubie loufoque. Les artistes, comme les autres habitants de la planète
sont contraints à ré-habiter des espaces déjà colonisés
par d’autres. La différence de point de vue suffit-elle à
prémunir contre la "redite" ? Suffit-elle à générer
la part d’"inédit" qui rend une œuvre originale
?
En même temps que l’art moderne se voulait en totale rupture de
banc avec toute forme d’antériorité, il a au fond toujours
réinvesti des champs entiers d’art ancien : Picasso et l’art
nègre, Kandinsky et l’art populaire… et en musique, Stravinsky,
Berg, Berio, etc… Cette ré-appropriation se fait au profit d’un
décalage dont les modalités sont souvent passées sous silence.
Or, au-delà du simple "laisser-aller", ce décalage est
l’enjeu principal de l’écriture : comment se met-il en œuvre
? Comment la notion de style s’en trouve éclairée ?
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le 5 avril 2005 à l’INA-GRM
(Radio France - studio 116)
Qu’est devenu le rêve d’une machine à composer ?
Avec : Gérard Assayag, informaticien ; Stephan Barron, chercheur,
artiste multimédia ; Laurence Bouckaert, compositrice ; Françis
Courtot, compositeur ; Fabien Levy, compositeur ; André Riotte, compositeur
; (sous réserve)
Le rêve d’une "machine à composer"
a été un élément très important de la pensée
musicale de la deuxième moitié du XX° siècle (école
sérielle, Xenakis…). Il s’agissait de saisir avec suffisamment
de précision et de maîtrise les paramètres de la composition
pour en proposer un modèle dont on n’aurait plus qu’à
contempler les productions. À l’heure où la réalisation
pratique d’un tel projet devient plus évidente, sa nécessité
intellectuelle semble décroître. Quelle est donc l’incidence
du passage du "technique" au "technologique" sur l’utopie
de la "machine à composer" ? Quelles sont les dimensions accessibles
au processus dans l’écriture musicale de création ? Et réciproquement,
en quoi l’usage de la machine peut-il générer de l’inattendu
(de "l’inentendu"…) ?
La question complexe de l’image que se fait l’homme de la machine
induit certainement bien des aspects de la relation qu’il noue avec elle.
Est-elle réduite à un outil docile (ou récalcitrant) ?
Est-elle un substitut de ses propres fonctions matérielles ou mentales,
dans la lignée de ce qu’on pourrait appeler le "mythe de Frankenstein"
? Ou est-elle un intermédiaire parmi d’autres dans l’éternel
dialogue avec le réel dont l’art s’est toujours nourri ?
concert
Audition des œuvres de Fabien Lévy et
Laurence Boukaert
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le 10 mai 2005
Peut-on réinsérer l’activité de création dans
un flux économique viable ?
Avec : Fabienne Bidou, ONDA ; Rémy Jannin, musicien, administrateur
de l’Instant Donné ; Vincent Puig, directeur des relations extérieures
à l’IRCAM ; Jean-Claude Thevenon, éditeur ; (sous réserve)
Patrick Vidal, économiste
À l’heure où l’on nous vante les
mérites d’une société de communication, on s’aperçoit
que jamais il n’a été aussi difficile d’être
au courant de ce qui se passe dans le monde des créateurs, et que ceux-ci
sont assez terriblement isolés, à la fois dans leur propre pays
et sur le plan international. Le fait que les médias soient saturés
par l’absence de contenu et paralysés par l’audimat n’est
peut-être pas seul en cause. Est-il encore possible aujourd’hui
de constituer des réseaux de diffusion efficaces, créatifs, ou
faut-il se résigner au "chacun pour soi" qui se développe
sur la toile ?
Mais au-delà du problème de la diffusion, pour lequel il n’est
pas sûr qu’internet soit une alternative à l’art de
masse, il est évident que la toile remet en cause le fonctionnement même
du droit d’auteur. Les artistes seraient donc perdants sur tous les tableaux.
En fait, c’est toute la chaîne de financement de l’activité
artistique qui est remise en question. D’abord liée à l’acte
lui-même (mais quels sont les concerts de création qui aujourd’hui
peuvent se financer sur les "entrées" ?), puis à la
vente du support (mais où sont les maisons de production qui s’intéressent
à la création ?), la rémunération des créateurs
devient avec internet aussi virtuelle que la transmission de leurs œuvres.
Ne faut-il pas alors prendre le problème à l’envers, et,
à l’image de ce qu’avait instauré la loi Lang sur
la copie privée, travailler à l’intégration dans
le flux économique d’une nouvelle forme de considération
financière de cette activité ? Faut-il, au même titre que
la recherche, considérer la création comme un investissement dont
la rentabilité à court terme est très faible, mais dont
le bénéfice à long terme est incalculable.
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Qualité audio haute résolution (128 Kb/s) |
| 1/ - Jean-Marc
Chouvel : Introduction - 4'18 (0,5 Mo) |
1/ - Jean-Marc
Chouvel : Introduction - 4'18 (4,06 Mo) |
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