Compositeur français né le 2 novembre 1926 à Paris.
Mû par sa passion pour la musique, Francis Dhomont étudie la composition aux côtés de Ginette Waldmeier, Charles Koechlin et Nadia Boulanger. Passées ses premières expériences dans le domaine du répertoire instrumental et vocal, il se tourne instinctivement vers l'électroacoustique, à travers laquelle il perçoit un formidable champs d'investigation du sonore. L'intérêt de Francis Dhomont pour la composition sur bande le conduit, dès l'installation en Provence de son studio personnel (1963), à se consacrer exclusivement à la production d'œuvres acousmatiques. Tandis que sa musique se fait progressivement connaître, il conforte sa formation initiale par un stage au GRM (1973-1974) et préside le festival « Musiques multiples » de Saint-Rémy-de-Provence. Les décennies qui suivent, durant lesquelles Francis Dhomont partage son temps entre le Québec et la France, sont particulièrement fructueuses pour le compositeur. Artiste en résidence à la Faculté de musique de l'Université de Montréal où il enseigne par la suite, il obtient, en 1981, le premier prix du Concours international de musique électroacoustique de Bourges. Suivent plusieurs commandes d'État (…Mourir un peu, 1984 ; Drôles d'oiseaux, 1985) et de multiples distinctions qui le font apparaître comme un compositeur incontournable. La production acousmatique de Francis Dhomont compte une cinquantaine d'œuvres parmi lesquelles on distingue également des créations radiophoniques et des « musiques d'application ». Citons notamment Mais laisserons-nous mourir Arianna ? (1979), Sous le regard d'un soleil noir (1981), Points de fuite (1982), Chiaroscuro (1987), Signé Dyonisos (1991), Forêt profonde (1994-1996) et À propos de K (2006).
C'est au cours de la seconde guerre mondiale que Francis Dhomont, né le 2 novembre 1926 à Paris, se découvre un véritable intérêt pour la musique. Handicapé par la perte progressive et irréversible d'un œil qui le contraint momentanément à rejeter toute activité faisant appel à la vue, il se dirige d'instinct vers le piano et se rend très fréquemment au concert où la musique n'a alors pour lui qu'une réalité sonore.
Toutefois, en dépit de ces circonstances difficiles, Francis Dhomont entreprend des études musicales sérieuses. Son souhait de devenir compositeur le conduit tout d'abord auprès de Ginette Waldmeier vers laquelle l'a dirigée Cécile de Brunhoff, son professeur de piano. Puis c'est aux côtés de Nadia Boulanger et de Charles Koechlin qu'il se forme, sans jamais sacrifier son indépendance. Parmi ces enseignements très différents dont il n'entend pas se montrer l'apôtre, Francis Dhomont trouve en effet de quoi faire son propre miel, considérant cette approche éclectique comme le garant de sa liberté.
La fin des années quarante marque une étape importante dans le cheminement artistique de Francis Dhomont. C'est à cette époque qu'il découvre l'enregistrement sonore par le biais d'un magnétophone à fil certes bien moins perfectionné que la bande, mais offrant déjà certaines fonctionnalités qui permettent au compositeur de réaliser, d'une façon tout à fait instinctive, ses premiers essais de musique concrète. Le départ de Francis Dhomont pour le sud de la France s'accompagne toutefois de la mise en jachère progressive de toute forme de musique. Contraint de gagner sa vie, il exerce de nombreux métiers dont celui de sculpteur sur bois pour lequel il montre d'évidentes aptitudes.
Revenant peu à peu à la musique, Francis Dhomont se lance dans le montage d'un studio de fortune. Ce glissement vers l'électroacoustique s'explique notamment par la désaffection du compositeur pour le répertoire instrumental, la plus grande commodité qu'offre le travail en studio et l'évidente sensibilité du musicien à l'égard d'une musique qu'on écoute sans voir. Il découvre dans le même temps les œuvres du GRM où il effectue un stage par la suite (1973-1974). Éprouvant des affinités esthétiques tout à fait évidentes pour cette mouvance avec laquelle il noue un rapport privilégié, il entreprend d’en programmer certaines compositions à Saint-Rémy-de-Provence dans le cadre du festival « Musiques multiples ».
C'est du reste au moment de ce festival, dont il assure la présidence durant plusieurs années, que Francis Dhomont fait la rencontre de Marthe Forget, avec laquelle il entreprend un premier voyage au Canada. Ce qui ne devait être à l'origine qu'une simple visite s'inscrit en définitive sur le long terme, poussant le compositeur à s'établir au Québec où il bénéficie d'abord d'une résidence d'un an à la Faculté de musique de l'Université de Montréal. Il y restera jusqu'en 2004, soit près de vingt-six ans, au cours desquels il s'adonne pour l'essentiel à la composition, l'écriture et l'enseignement.
Une dizaine de pièces instrumentales et vocales exceptées, le catalogue de Francis Dhomont s'articule autour d'une abondante production d'œuvres acousmatiques. C'est que l'électroacoustique – pour reprendre là un terme générique – se montre mieux à même de répondre aux aspirations profondes du compositeur, lui permettant de réaliser des « compositions sonores proches de l'opéra par leur dramaturgie mais d'un opéra sans chanteurs, sans instruments et complètement affranchi des conventions de l'art lyrique »[1]. Un projet générateur qu'illustrent bien ses « mélodrames acousmatiques » (Sous le regard d'un soleil noir, 1981 ; Forêt profonde, 1994-1996) ainsi que la plupart de ses œuvres, dans lesquelles on perçoit souvent un dessein extra-musical et un engouement pour l'écrit. S'avouant fréquemment « à la lisière du narratif, même quand les mots sont absents »[2], Francis Dhomont n'hésite effectivement jamais à s'appuyer sur des textes (témoins Je te salue vieil océan !, Brief an der Vater…). Pas plus qu'il ne se soustrait à la musique dite « d'application », composant tout à la fois pour le théâtre (La liberté ou la mort de Claude Alranq; Poe-Debussy, Autour de la maison Usher de Marthe Forget), le cinéma (Les traces du rêve pour le long-métrage de Jean-Daniel Laffont ; Un autre printemps pour le moyen-métrage de Uli Aumüller), la radio (Figures de la nuit ; Simulacres : un autoportrait), des rencontres poétiques (Espaces sonores pour des textes de Jean Tortel), des galeries d'art (expositions du peintre Joseph Alessandri, du sculpteur Michel Anasse) et des créations audiovisuelles. Son parcours compositionnel, jalonné d'un grand nombre de récompenses (Prix Ars electronica – 1992 ; Concours international de musique électroacoustique de Bourges – 1976, 1979, 1981, 1984, 1988…), a fait l'objet de distinctions particulières émanant par exemple du Conseil des arts du Canada, du DAAD de Berlin (dont il est l'invité en 1997), ou, plus récemment, de la Sacem, qui lui octroie en 2007 le prix de la meilleure création contemporaine électroacoustique.
Parallèlement à la composition et aux fonctions qu'il occupe par ailleurs au sein de structures musicales spécialisées (communauté électroacoustique canadienne - CEC, collectif les Acousmonautes…) Francis Dhomont s'est également illustré dans les domaines de la radiophonie et de l'écrit. Invité une première fois au GRM par Christian Zanesi afin de réaliser des « Acousmathèques » (une série d'émissions vouées à la présentation thématique d'œuvres acoustiques), le compositeur reconduit l'expérience avec un nouvel ensemble de productions baptisées Voyage au bout de l'inouï et diffusées sur l'antenne de Radio Canada. Auteur de nombreux textes, il manifeste un réel intérêt pour l'écriture. Critique musical au sein de divers hebdomadaires parisiens de 1946 à 1950, collaborateur à la revue suisse « Rencontres », il s'est par ailleurs toujours montré soucieux de "réfléchir la musique", ce dont témoignent ses textes théoriques.
DHOMONT Francis. Ode au support ou La musique à deux visages. In : Musiques d'aujourd'hui. Éd. Conseil général de la Creuse, 1993.
DHOMONT Francis. Dynamique de l'arrêt sur image. In : Ouïr, entendre, écouter, comprendre après Schaeffer. Paris, Ina, Buchet/Chastel, 1999.
Francis Dhomont /[François Bayle, Jean-Christophe Thomas, Francis Dhomont… et al.]. – Institut national de l'audiovisuel, 2006; 124 p. (Portraits polychromes, no 10).
Voir la bibliographie complète de Francis Dhomont (rubrique "catalogue") : http://www.institut-national-audiovisuel.fr/sites/ina/medias/upload/grm/portraits-polychromes/extraits/dhomont/index.html