
Coordination Laurent Feneyrou, François Meïmoun et Alain Poirier
Depuis une dizaine d'années quelques études majeures (colloques, ouvrages) ont été consacrées à la Vie musicale sous Vichy (sous la direction de Myriam Chimènes, Paris, Complexe, 2001). De même, certaines recherches ont vu le jour sur la création musicale française du milieu des années 1950 – la thèse de Jésus Aguila, Le Domaine musical : Pierre Boulez et vingt ans de création contemporaine (Paris, Fayard, 1992), en constitue l'un des jalons essentiels. Entre ces deux champs d'investigations aujourd'hui balisés, l'histoire de la vie musicale de l'immédiat après-guerre reste à faire.
Le colloque Horizons de la musique en France 1944-1954 est délimité entre la publication, en 1944, de Technique de mon langage musical d'Olivier Messiaen et la première représentation, en janvier 1954, des Concerts du Petit-Marigny (appelés à devenir les concerts du Domaine musical la saison suivante).
Ce colloque s'attache donc à étudier certaines problématiques qui apparaissent dans le paysage musical que la Libération vit émerger. Quelles sont les relations entre la modernité officielle (le Groupe des Six de l'entre-deux-guerres, le Groupe Jeune France) et les nouvelles générations de compositeurs, nourries de l'enseignement de Messiaen et de Leibowitz ? Aussi, tant dans les institutions officielles que dans les cours privés, quelles sont les méthodes d'enseignement de la composition et comment sont-elles reçues par les disciples ?
Quels sont, pour les musiciens de l'après-guerre, les lieux de concerts et d'expression musicale (sociétés de concerts, musiques de scène et de cinéma) ? Quelles sont les nouvelles grammaires compositionnelles ? En marge du monde musical officiel, quelles personnalités contribuent, pour les nouveaux créateurs, à cette prise de conscience d'être un groupe à part ?
Autant de problématiques qui permettent d'appréhender une période cruciale de l'histoire musicale moderne, période qui voit jaillir les fondements esthétiques et intellectuels sur lesquels notre époque vit encore, pour partie, aujourd'hui.
Le paysage de l'enseignement musical à la Libération se partage entre les structures officielles et les cours privés. Ce dernier enseignement, en marge mais assidûment suivi, vient compléter celui reçu au Conservatoire de Paris, le remettre en question, et en révéler, parfois, son incomplétude. Messiaen lui-même en témoigne, entre sa classe d'harmonie au Conservatoire et ses cours plus confidentiels de composition et d'analyse.
Certains moyens de diffusion de la musique, comme la radio, sont favorisés en même temps que censurés par la Collaboration ; d'autres, totalement mis à l'arrêt. La Libération permet le déploiement d'un discours prolifique sur la musique et particulièrement sur des oeuvres nouvelles qui se découvrent alors. L'émergence de ces partitions pour la plupart inconnues exige aussi une reconsidération des techniques d'interprétation jusqu'alors en usage.
Les années de guerre entérinent la suprématie du Groupe des Six dans le paysage musical français (Francis Poulenc est programmé à l'essentiel des Concerts de la Pléiade). Mais la période de l'Occupation voit aussi la nomination d'Olivier Messiaen comme professeur d'harmonie au Conservatoire, classe qui ne met que quelques saisons à voir éclore une génération qui ne veut plus rien entendre du langage de celle qui l'a immédiatement précédée.
À la frontière de la composition et de l'arrangement, rares furent les jeunes compositeurs de l'après-guerre à ne pas écrire pour la scène. L'effervescence des compagnies théâtrales à la Libération permet aux compositeurs déjà affirmés (André Jolivet…) ou à l'orée de leur carrière (Pierre Boulez, Maurice Jarre…) d'exercer un artisanat aux multiples facettes.
André Jolivet à la Comédie-Française, Pierre Boulez à la compagnie Madeleine Renaud – Jean-Louis Barrault, Maurice Jarre au TNP
16 place de la Fontaine aux Lions